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« Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons. » Paul Eluard

Le 28 avril dernier, à Saran comme dans toute la France, a été célébrée la journée de la mémoire des victimes de la déportation dans les camps de concentration et d'extermination nazis lors la Seconde Guerre mondiale.


Square Cyprien-Depardieu, à Saran, le 28 avril, en fin de matinée (photo : Continuons avec Vous pour Saran).


Voici l'intégralité du discours prononcé le dimanche 28 avril 2024 par Thierry Berthélémy, conseiller municipal de Saran.



Nous commémorons aujourd’hui, en cette fin avril, la mémoire des victimes de la déportation et des camps de la mort.


C’est une tâche particulièrement difficile car comment restituer la mémoire de milliers, de millions de personnes ayant connu l’expérience indicible des camps de concentration et d’extermination.


Rappelons que ces camps ont à l’origine été créés dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne, ou des divers dirigeants fascistes dans plusieurs pays d’Europe, pour mettre leurs opposants hors d’état de nuire, puis transformer l’être humain en tuant son esprit par les coups, l’abrutissement, l’humiliation, l’avilissement.


Le système concentrationnaire, ce sont des chiffres effrayants : plus de huit millions de victimes originaires de 23 nations.


Pour notre pays, rappelons qu’il y a eu près de 83 000 déportés pour motifs raciaux ou religieux. Sur les 76 000 déportés Juifs, seuls 2000 d’entre eux ont survécu. Sur les 45 000 résistants et patriotes détenus, près de la moitié a été exterminée. Sur 93 000 déportés politiques, près de 32 000 sont morts. Toutes ces personnes étaient des enfants, des femmes, des hommes dont la vie quotidienne était semblable à celle de leurs voisins, collègues, amis. Ils ont d’abord été stigmatisés, puis déportés, affamés, torturés, assassinés.


Cette commémoration est l’occasion de se rappeler la souffrance atroce, endurée par ces hommes, ces femmes et ces enfants, exterminés et persécutés pour ce qu’ils étaient, persécutés pour ce qu’ils pensaient, dépouillés de tout ce qui fonde leur identité.


En cet instant, nous sommes là pour nous souvenir de de celles et ceux qui ne sont pas revenus ou qui ont survécu à l’enfer des camps. Ils sont restés à tout jamais meurtris, blessés, marqués au véritable sens du mot, au fer rouge.


Souvenons-nous de ces victimes et de celles et ceux qui n’ont eu de cesse de combattre pour écraser la « bête immonde », pour rendre l’espoir à l’humanité.


Nous leur sommes redevables d’avoir permis de maintenir vivantes les valeurs indispensables à la République, celles de justice et de respect des autres, de liberté, d’égalité et de fraternité.


Voyons où conduit la haine de l’autre ! où conduit la banalisation du racisme ! où conduit le repli sur soi, le manque de solidarité ! Aujourd’hui, instruits par l’histoire, nous savons qu’aucune dérive, aucune faiblesse n’est acceptable. Nous savons que rien n’est banal ni anodin. Nous savons comment l’horreur fait ses premiers pas.


Souvenons-nous que les partis fascistes et nazis européens ont été portés au pouvoir sur fond de crises économiques, certes, mais en partie par les urnes.


C’est pourquoi, il faut répéter que les camps de concentration et leurs millions de morts ne sont ni un simple dérapage, ni « un détail », ni même des faits de guerre mais qu’ils sont la conséquence inévitable et mécanique d’idées de haine et d’exclusion du discours nazi et fasciste. Politique, à laquelle, hélas , le régime de Vichy et l’Etat français prêtèrent ignoblement leur concours.


Il faut donc, sans relâche, répéter que cette célébration n’est pas uniquement tournée vers l’Histoire et la mémoire, , mais bien vers notre présent et notre avenir.


En effet, aujourd’hui, dans notre pays, où la crise économique conduit à chercher des boucs émissaires, les propos et propositions de l’extrême droite, tous courants confondus, sont banalisés, ripolinés par les forces de la droite dite classique, jusqu’aux plus hauts responsables de l’Etat, qui rendraient cette extrême droite présentable. Cette dernière serait même devenue « républicaine ».


Parce qu’elle aurait troqué son antisémitisme fondateur - ce qui reste à prouver -, contre un autre racisme qui répondrait à une demande de la société, elle serait républicaine, c'est-à-dire pour la liberté, l’égalité, la fraternité.


La liberté : partout où l‘extrême droite a été ou est au pouvoir, les libertés régressent, historiquement bien sûr, mais actuellement en Europe même, en Hongrie, en Pologne récemment, mais aussi en Italie où, notamment le droit à l’IVG est fortement empêché.

L’égalité : les propositions de l’extrême droite, préférence nationale en tête, sont fondamentalement inégalitaires. Il y aurait des droits (rognés) pour les Français « de souche », alors que les travailleurs dits illégaux pourraient être exploités en toute légalité par leurs employeurs et l’ensemble des habitants de cette population « authentiquement française ».


La fraternité : avec de telles propositions, la solidarité serait aux abonnés absents. Ce serait le règne du tous contre tous, la loi du plus fort et du plus abject.

L’extrême droite a, depuis ses premiers balbutiements, lutté âprement contre les fondements de notre Révolution. Elle continue actuellement, sous de nouvelles formes, à les combattre et à les nier.


Non, l’extrême droite n’est pas une force politique républicaine. Ce n’est pas parce qu’elle a de nombreux élus qu’elle l’est devenue.


Mais le danger est bel et bien là. Parce que certains cherchent à le banaliser, à le rendre acceptable, en spéculant sur la colère qui, elle, est bien légitime en essayant de capitaliser sur le désespoir qui mine des millions de familles, de salariés de retraités, de chômeurs et de jeunes.


L’histoire nous a cruellement appris qu’on ne joue pas les apprentis-sorciers impunément et qu’on ne peut pas prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore sans en voir surgir en cascade les fléaux qu’elle contient.


La lutte contre l’oubli, l’ignorance, la haine et le racisme reste aujourd’hui l’un des combats les plus nécessaires et les plus justes. A Saran, nous nous battons pour que les femmes et les hommes consacrent leurs forces à l’édification d’une société et d’un monde de justice, de fraternité, de paix et de solidarité.


Pour que, comme l’avaient juré les survivants des camps nazis, « cette horreur ne soit plus jamais possible », car comme l’écrivait Paul Eluard, « si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons. »

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