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"Le ventre est encore fécond d'où surgit la bête immonde"

  • Photo du rédacteur: Continuons avec vous pour Saran
    Continuons avec vous pour Saran
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture

Mathieu Gallois a cité la terrible et célèbre phrase du dramaturge allemand Bertolt Brecht lors de son discours, prononcé ce 8 mai, devant le monument aux morts de Saran, à l'occasion de la commémoration de la victoire alliée sur le nazisme.


Mathieu Gallois, maire de Saran et conseiller départemental du Loiret, le 8 mai 2026, lors de la commémoration de la victoire des armées alliés sur l'Allemagne nazie (photo : Continuons avec Vous pour Saran).


Voici l'intégralité du discours.



"Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des différentes autorités,

Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs représentants des associations d’anciens combattants,

Mesdames et messieurs les professeurs des écoles, directrices et directeurs,

Chers élèves et parents,

Mesdames et messieurs de l’Harmonie intercommunale Fleury-Saran,

Chers concitoyennes, chères concitoyens, chers amis,


Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer le 81e anniversaire de la victoire des Alliés, la capitulation de l’Allemagne nazie symbolisant la fin de la Seconde guerre mondiale.


Si en Asie et dans le Pacifique le conflit n’était toujours pas terminé, l’Europe sortait de cinq ans, huit mois et six jours de nuit noire, de sang, de sueur et de larmes pour les peuples.


En cette journée, il est essentiel de rappeler l'horreur de la barbarie nazie et de rendre hommage à ses 60 millions de victimes dont 6 millions de juifs, celles combattantes dans les armées des forces alliées et dans les mouvements de résistance, comme celles que les régimes nazis et fascistes assassinèrent au nom d'une idéologie monstrueuse : juifs, communistes, tziganes, progressistes, homosexuels…


Cette date nous invite à la mémoire de ce que fut le nazisme, son inimaginable inhumanité.

Mémoire des victimes, militaires, civiles et innocentes, disparues par millions dans les camps de la mort, dans des massacres ou des représailles d’une impensable sauvagerie.


Qu’ils ou elles soient morts à Oradour-sur-Glane, Leningrad, Auschwitz, Varsovie ou ailleurs, c’est à elles et eux que nous pensons en ce jour.


N'oublions pas non plus l’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki avec l’utilisation de la bombe atomique. N’oublions pas le traumatisme d’une France et d’une Europe dévastées.


N’oublions pas le traumatisme pour les millions de femmes, d’hommes, d’enfants, déplacés car contraints de fuir la guerre, le risque de mourir et faisons le lien avec ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants qui aujourd’hui malheureusement encore subissent le même sort.


Cette date nous invite à regarder notre Histoire en face et à rappeler les complicités dont a bénéficié le régime nazi.


Elle nous invite également à honorer le courage des femmes et des hommes qui, au contraire, ont refusé de vivre à genoux, se sont levés, ont payé souvent de leur vie leur soif d’une humanité libérée.


Par notre présence, nous rendons hommage à toutes celles et ceux qui ont permis cette victoire sur le nazisme et le fascisme. Des hommes et des femmes d’horizons différents, qui croyaient au ciel ou qui n’y croyaient pas comme l’écrivait Aragon, de conceptions philosophiques et politiques différentes, issus de pays et de cultures différentes qui ont uni leurs forces pour défendre leurs idéaux communs de liberté, d’égalité, de justice et de dignité, et qui après avoir gagné la guerre ont su construire la paix.


Parmi eux, les anciens de la guerre d’Espagne, ceux de la Résistance intérieure, communistes, gaullistes, catholiques, progressistes, immigrés, ceux de la France libre autour du Général de Gaulle et de Jean Moulin... Et puis n’oublions jamais les combattants de l’Armée d’Afrique, qu’ils soient Marocains, Algériens, Maliens, Sénégalais, Tunisiens, Ivoiriens...


Ils ont servi la France, souvent dans des conditions épouvantables, et ont payé un lourd tribut à la défaite du nazisme. Leur sacrifice pour notre liberté, un monde meilleur, est une leçon de courage et d’espoir, un message de paix pour s’unir contre la folie des hommes.


Ce 8 mai 1945, il y eut une forme de victoire de la civilisation face à la barbarie : l’humanité l’emportait devant ce qu’elle avait produit de pire et parvenait à surmonter l’épreuve la plus monstrueuse qu’elle s’était jamais imposée à elle-même.


De cette tragédie mondiale naît également une conviction profonde : les peuples ne peuvent plus régler leurs différends par la guerre et la destruction.


Le 26 juin 1945 fut adoptée la Charte des Nations unies à l’issue de la Conférence de San Francisco réunissant les représentants de 51 pays à l’initiative des Alliés de la seconde guerre mondiale.


Cette Charte qui allait entrer en vigueur le 24 octobre 1945 définit les buts et les principes de l’Organisation des Nations Unies avec l’ambition de préserver la paix par le dialogue entre les nations, la diplomatie, la coopération, le progrès social et le respect du droit international.


Après avoir vu jusqu’où pouvaient mener le nationalisme exacerbé, l’arbitraire et le mépris des règles communes, les peuples du monde ont voulu bâtir un ordre fondé sur le droit plutôt que sur la force.


Cette exigence demeure d’une brûlante actualité.


Respecter l’État de droit, au niveau national comme international, défendre les institutions démocratiques, le droit des peuples et les règles collectives qui protègent la paix n’est jamais une faiblesse : c’est au contraire l’une des grandes leçons léguées par celles et ceux qui ont combattu le fascisme et la barbarie.


Aux côtés de cette volonté de Paix durable, se lève également un gigantesque espoir. Pas seulement parce que les familles françaises retrouvent 1 million de prisonniers de guerre, 650 000 travailleurs réquisitionnés par le Service du travail obligatoire et aussi les déportés ayant survécu, mais aussi parce que la France vit en quelques mois un formidable mouvement de conquêtes sociales.


Pensé dans la clandestinité, en pleine Occupation, le programme « Les jours heureux » du Conseil national de la Résistance (CNR), portant l’idéal d’une société plus juste, plus démocratique, plus sociale, est alors appliqué.


Gaullistes et communistes, qui ont pris une part centrale dans la Résistance, se font alors forts de refonder notre modèle de société.


Ce programme contenait des mesures politiques tout d’abord, comme le rétablissement de la démocratie et de la République, le retour de la liberté de la presse, le droit de vote enfin accordé aux femmes.


Des mesures économiques également avec de grandes nationalisations qui ont permis d’accélérer la reconstruction de la France d’après-guerre, et le développement de grands services publics accessibles à toutes et tous.


Des mesures sociales enfin, avec la création de la sécurité sociale par Ambroise Croizat sécurisant la vie de chacun en couvrant les risques de la maladie, de l’invalidité, de la vieillesse, les accidents et les maladies du travail. Les concepts de la sécurité sociale basés sur la solidarité, la justice sociale, la démocratie et une meilleure répartition des richesses créées sont un formidable levier de relance de l’économie et de la promotion du progrès social dans notre pays.


Ce projet a longtemps fait consensus. Il est depuis plusieurs années attaqué de toute part, mettant en péril le ciment de notre société.


Enfin, en ce jour de mémoire, n’oublions pas cette phrase de Bertolt Brecht « le ventre est encore fécond d’où surgit la bête immonde ».


Alors que de plus en plus de pays cèdent, en pleine confusion, aux sirènes des néofascistes, des xénophobes et des dirigeants autoritaires, qu’y compris en France les héritiers de Pétain, de Vichy et de la collaboration avec les Nazis progressent d’élections en élections, souvenons-nous que les partis fascistes et nazis européens ont été portés au pouvoir sur fond de crises économiques, certes, mais aussi par les urnes.


Aujourd’hui, instruits par l’histoire, nous savons comment l’horreur fait ses premiers pas.

En ce jour de recueillement, gardons à l'esprit ce qui nous a conduits à cette tragédie.

Gardons à l’esprit aussi et surtout ce qui a permis la réunion de tous les Français après la guerre, quand il a fallu rebâtir notre pays pour y recréer de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité.


Ne faisons pas comme si l'Histoire ne nous avait rien appris. Ce déferlement de haine et les tentations autoritaires partout dans le monde appellent à une vaste mobilisation pour faire valoir d'autres rapports entre les peuples et entre les individus.


Je terminerai par ce message que je tenais à vous adresser ainsi qu’aux jeunes générations : 81 ans après, ne laissons pas glisser notre pays dans la haine de l’autre pour sa différence, et comme l’écrivait Louis Aragon « Je vous salue ma France où les blés et les seigles mûrissent au soleil de la diversité ».


Je remercie de nouveau très chaleureusement le travail effectué par les écoles de Saran sur ce travail de mémoire essentiel et pour leur participation si précieuse et importante pour les jeunes générations.


Nous pouvons également remercier fortement le travail effectué par les associations d’anciens combattants et l’engagement des portes drapeaux présents aux différentes cérémonies et commémorations. Cette présence aux côtés de la jeunesse est essentielle pour la transmission de la mémoire.


Je remercie également, l’harmonie intercommunale Fleury-Saran ainsi que chacune et chacun d’entre vous, de votre présence très nombreuses et vous livre cette conviction qu’ensemble nous réussirons à faire grandir la Paix, à éradiquer les guerres et à faire reculer les haines, les inégalités, les discriminations pour instaurer un monde plus juste.


Je vous remercie de votre attention."


Mathieu Gallois, maire de Saran et conseiller départemental du Loiret.

 
 
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