• Continuons avec vous

"On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels..."

En l'absence de Maryvonne Hautin, Christian Fromentin, maire-adjoint de Saran, a prononcé le discours du 11 novembre, à midi, devant le monument aux morts de Saran et une nombreuse assistance.

Commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918 dans le Bourg de Saran (photo : Continuons avec Vous pour Saran).


Voici l'intégralité de l'éclairant discours prononcé par Christian Fromentin :


"En ce jour commémoratif, nous nous souvenons de cette dévastation humaine que fut la Première Guerre Mondiale.


En 1914, Jean Jaurès, farouche partisan d’une résolution pacifique des tensions européennes est assassiné. Trois jours plus tard, la France entre en guerre. Jusqu’au bout de sa vie, il lutta pour l’empêcher, en vain.

Ce conflit sera LA première guerre « moderne » avec ses premières armes chimiques, ses premiers blindés, ses premiers sous-marins, ses premiers avions de guerre, ses premiers génocides.

Ce sera également la première guerre industrielle, une véritable boucherie conduite par les gouvernants qui galvaniseront les peuples les uns contre les autres, au nom du patriotisme.


Quatre années de tueries, de boue, de deuils au cours desquelles 1 million quatre-cent mille Français tomberont. Et c’est un poilu de Verdun, Henri Barbusse, reprenant les paroles d’un de ses compagnons de tranchées qui écrit :

« Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine [...]. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés ».

Si la plupart des historiens ont évoqué à propos de ces combats la divination du champ de bataille, et la sacralisation des mots « résistance, héroïsme, patriotisme, sacrifice », certains autres, heureusement, dénoncent plutôt ce gigantesque massacre orchestré par des généraux et des incompétents ordonnant des assauts inutiles et meurtriers qui conduiront aux mutineries de 1917.

Parmi ces officiers, il y aura Nivelle, surnommé "le boucher" après les 50 000 morts « pour rien » du Chemin des Dames. Mais il y aura aussi Pétain, qui multipliera les fusillés pour l’exemple et qui, vingt-cinq ans plus tard, sombrera dans le déshonneur de la collaboration avec les Nazis.

Mesdames, Messieurs, chers amis, nous trahirions les millions de disparus de 14-18 si nous refusions d’entendre leur message. Chaque jour, nous voyons les conséquences du système économique sur nos sociétés, ces multiples conflits dans le monde, ce délitement du lien social, cette perte de confiance des peuples envers ces politiques dont la visée n’est autre que de servir la finance et les intérêts d’une poignée d’individus.


Ce que Romain Rolland résumera par sa célèbre citation « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ».

Et si l’Histoire ne se répète jamais, prenons garde aux conséquences de toutes ces grandes crises. Inéluctablement, elles conduisent à la montée des idéologies qui surfent sur le repli sur soi, la méfiance et la haine de l’autre.

Aujourd’hui, les nationalismes ressurgissent, des fascistes – même lorsqu’ils avancent masqués – se nourrissent de la misère des peuples.

Or, il faut rendre confiance aux peuples et c’est toujours aujourd’hui, la condition indispensable pour préserver notre modèle de civilisation fondé sur l’humanisme, la démocratie, la justice sociale et la Paix.


Il est grand temps de redoubler les efforts de Paix et d’étouffer tous les ferments de divisions : l’indifférence, l’intolérance, le racisme, l’individualisme, le repli sur soi.


Nous n’avons pas à subir l’avenir, il nous revient de le construire !


Les commémorations sont le temps de la mémoire, mais elles doivent être aussi celui de la réflexion et de l’action. Et vous le savez, la ville de Saran s’y attache sans relâche, comme en ce mois de novembre à travers les nombreux événements que nous organisons dans le cadre de "l’Exode à l’Exil".


C’est parce que nous croyons en l’avenir que nous continuons d’interroger le passé. Et les leçons de cette première guerre mondiale ainsi que tous les autres conflits qui suivront, donnent à l’avenir les moyens d’être pensés.


Je vous remercie de votre attention".



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